Ce billet est en préparation depuis longtemps. Il est inspiré par la publication de billets dans la catégorie économie sur le Standblog. La publication du livre électronique Economie du logiciel libre, que je n'ai pas encore lu, me pousse à précipiter sa publication malgré ses imperfections.
Ce billet comporte des raccourcis et des simplifications dans le seul but de faciliter la compréhension du sujet par des gens extérieurs à ce domaine. Sont exclus de ce billet les cas des logiciels pour grand systèmes, des logiciels verticaux, des logiciels développés à la demande...
Je considère que l'étude des mécanismes de l'économie doit être au service du bonheur des hommes, de tous les hommes.
Le logiciel est un outil qui permet de manipuler des données. Comme tout outil, il n'a de sens que par la manière dont il est utilisé. Un logiciel n'est pas "bon" ou "mauvais" en soi, il est efficace ou non pour une utilisation données par un utilisateur donné. Une paire de ciseaux pour gaucher peut être d'excellente qualité, mais n'est pas efficace entre les mains d'un droitier.
La question des données et de leur format sera traité dans un autre billet ultérieurement.
La question du logiciel comme un service Internet pourra faire l'objet d'un prochain billet.
1) Le logiciel, un produit complexe
Commençons par une vision historique. Un logiciel est à la fois une oeuvre de l'esprit, un produit fini et un service. La version X du logiciel Y est un produit fini. Néanmoins, un certain nombre d'opérations telles que des mises à jour de divers nature seront nécessaires pour que ce produit fonctionne de manière continue.
La production et la commercialisation d'un logiciel nécessitent le concours d'un ensemble de personnes exerçant des fonctions divers : programmeurs, rédacteurs, traducteurs, supports, formateurs, marketing, commerciaux...
1.1) On achète quoi ?
Quand on "achète" un logiciel, en réalité on achète le droit de faire fonctionner ce logiciel sur un ordinateur autant de fois que l'on veux[1] sur un seul ordinateur. Mais on n'a pas le droit de le décompiler pour lire le source, pas le droit de le modifier pour changer son fonctionnement. Le droit de location et/ou de revente peuvent être sévèrement limité.
1.2) Les services
- Documentation
- Formation
- Support
2) Libre et gratuit
Le mouvement du logiciel libre a démarré grâce à la coopération d'universitaires sur l'embryons du réseau Internet. Ce mouvement s'est ensuite étendu dans les années 80. Il a connu une véritable accélération au moment de l'ouverture d'Internet au grand public à partir de 95.
Un logiciel libre est diffusé sous une licence particulière[2]. Ce logiciel peut être gratuit ou non.
2.1) Qui développe
Il y a beaucoup de cas de figure :
- Le passionné qui développe sur son temps libre
- Le salarié qui est payé par une société commerciale pour développer un logiciel libre. C'est le cas chez IBM par exemple
- Le salarié d'une société utilisatrice d'un logiciel libre qui reverse à la communauté les modifications qu'il a apporté.
- Une société peut transformer en logiciel libre un logiciel qu'elle a développé et dont elle est propriétaire
2.2) Qui finance
- Des individus qui travaillent bénévolement à développer un logiciel qui les passionne
- Des sociétés privés
- Des sociétés éditrices de logiciels libre. Par exemple, Linspire, éditeur d'une distribution Linux, a rémunéré Daniel Glazman pour développer Nvu, éditeur HTML libre. Nvu a maintenant été repris par un groupe de développeurs sous le nom de Komposer.
- Des universités ou fondations ( voir par exemple Zotero)
- Des gouvernements (Par exemple projet Agora du gouvernement Français sur une base SPIP et dont les développements sont reversés au libre) Voir ADULLACT
- Les dons volontaires des utilisateurs
2.3) Le circuit économique
Cette pratique du logiciel gratuit perturbe les circuits économiques traditionnels. L'"acheteur" ne paye pas le logiciel, il n'y a donc pas de prélèvement de TVA. Comme il n'y a pas de versement de salaire, il n'y a pas de versement de cotisations sociales.
De plus en plus de projets libres de toutes tailles font néanmoins un appel aux dons[3]. Cet appel aux dons ne représente pas un revenu conséquent. Le plus souvent il permet tout juste de couvrir les frais tels que hébergement du site et autre.
3) L'ancien et le nouveau
La différence fondamentale entre le logiciel commercial (appelé propriétaire par les libristes) et le logiciel libre c'est l'ouverture et le dynamisme du logiciel libre. La différence perçu le pus souvent par "Monsieur ou Madame ToutLeMonde" c'est la gratuité. En effet, quand on ajoute au prix d'achat d'un ordinateur le prix de la palette des logiciels souhaités par l'utilisateur, on peut facilement doubler la facture. Or les gens ne comprennent pas forcément pourquoi ils devraient payer un logiciel. Certes, c'est une oeuvre de l'esprit, un peu comme un livre. Mais le coût de production semblant être nul, Et en donner une copie semble ne léser personne.
4) Liberté de choix
La situation du logiciel depuis le début des années 1990 a vu la création de quasi monopole dans les domaines du traitement de texte, du tableur et du navigateur web. Ce sont les outils fondamentaux de tout poste informatique d'aujourd'hui. Un monopole est toujours un danger potentiel pour l'utilisateur. Le mouvement du logiciel libre a été très créatif dans le domaine des outils.
4.1) Pour "Monsieur ou Madame ToutLeMonde"...
Il y a beaucoup de logiciels très aboutis dans "le libre" pour l'utilisation quotidienne. Voici quelques ressources à explorer :
4.2) Pour les entreprises...
5) Quels bénéfices dans le libre ?
Dans tout échange, il y a des bénéfices. Le développeur d'un logiciels largement diffusé pourra bénéficier de la reconnaissance de ses pairs, de la reconnaissance du public... Il pourra profiter de la reconnaissance de ses pairs pour trouver un bon boulot...
Du fait que le source est disponible, le logiciel libre est plus facilement interopérable avec d'autres logiciels. La disponibilité du source permet à plus de personnes de le relire et de trouver des failles potentielle, ce qui permet des corrections de bug plus rapides et donc une plus grande fiabilité et sécurité.
Les sociétés qui mettent en oeuvre du logiciel libre bénéficient de développements gratuitement. En échange, elles participent à l'évolution du produit. Il se forme une sorte de mutualisation des coût de développement au sein d'une communauté.
6) Une véritable économie du libre est-elle possible ?
Il existe déjà une économie autour du logiciel libre. Mais la question, à mon avis c'est plutôt : "Qui gagne de l'argent avec le logiciel libre ?". Car en définitif, ce qui compte c'est que des gens reçoivent une rémunération pour vivre. La réponse est multiple.
- Il existe un écosystème hétérogène de SSLL[4] un peu sur le modèle des SSII[5] qui offrent du service autour des logiciels libres. C'est une nébuleuse difficile à cerner. Voir par exemple cette liste de sociétés adhérentes à l'APRIL.
- Certains constructeurs de matériels, IBM en particulier, entretiennent des équipes de consultants et de développeurs car le logiciel libre fait vendre leurs plus grosses configurations serveurs. IBM rémunère même à plein temps certains développeurs pour travailler sur des logiciels libres.
L'économie du libre fait penser à l'économie des pâtures communales au moyen âge où un bien est entretenu par la communauté et chacun peut l'exploiter en menant paître ses troupeaux. C'est la notion de "Commons" en anglais qui a été à la source de la création des licences "Creative Commons" pour les oeuvre de l'esprit (livre, article, photo...)
7) Quelques exemples de licences libres
Apache
[en] Grant of Copyright License. Subject to the terms and conditions of this License, each Contributor hereby grants to You a perpetual, worldwide, non-exclusive, no-charge, royalty-free, irrevocable copyright license to reproduce, prepare Derivative Works of, publicly display, publicly perform, sublicense, and distribute the Work and such Derivative Works in Source or Object form.
[fr] Attribution d'une licence de droit de copie. En fonction des conditions de cette licence, chaque contributeur vous accorde une licence de droit de copie mondiale, non-exclusive, gratuite, sans royalties, irrévocable pour reproduire, préparer des travaux dérivés, afficher publiquement, exécuter publiquement, concéder des sous licences, et distribuer le travail et les dérivés du travail au format source ou objet.
8) Sources
- Le Standblog tenu par Tristan Nitot, président de la fondation Mozzilla Europe, a fourni un certain nombre de références.
- Économie du logiciel libre sur linuxfr.org
Aujourd'hui, l'open source est une économie viable car il y aura toujours besoin de gens compétents pour installer, maintenir ou former dans le domaine informatique en entreprise. Du service plutôt que des licences ...
extrait d'un commentaire de patfrat sur le Standblog
MàJ 11/12/2008,
Tristan continue dans cette veine en publiant 4 billets en rafale :
MàJ 20/12/2008,